
LES CONTES DE LA FEMME QUI…
LIVRE 2
Il était une fois, une fois il n’était pas…
Il était une fois une femme qui cherchait la bonne réponse. Elle ne l’aurait sans doute jamais formulé ainsi. Si quelqu’un lui avait demandé ce qu’elle cherchait, elle aurait parlé de clarté. De discernement. De sagesse. De justesse.
Mais au fond d’elle-même, sans qu’elle en ait pleinement conscience, elle cherchait surtout à ne pas se tromper.
Cette femme vivait dans une maison claire où la lumière aimait s’attarder le matin.
Comme chaque jour, elle préparait son infusion avant que le soleil ne s’élève complètement.
Elle aimait ce moment suspendu où le monde semblait encore hésiter entre la nuit et le jour.
La vapeur montait doucement dans l’air. Les oiseaux commençaient leurs premiers chants. Et tout paraissait simple.
Pourtant, depuis quelque temps, quelque chose résistait en elle.
Ce n’était pas une grande inquiétude. Plutôt une présence discrète. Une petite question qui revenait souvent, sous des formes différentes. Devrais-je continuer ? Devrais-je changer ? Devrais-je attendre ? Devrais-je partir ? Devrais-je rester ?
Les jours passaient. Les saisons aussi. Et la femme remarqua bientôt quelque chose d’étrange. Chaque nuit, le même rêve revenait. Toujours le même. Toujours identique.
Elle marchait seule sur un chemin de terre. Le ciel était vaste. Le vent faisait danser les herbes hautes. Et après un long moment de marche, elle arrivait devant un carrefour. Quatre chemins s’ouvraient devant elle. Tous semblaient beaux. Tous semblaient praticables. Tous semblaient promettre quelque chose. Alors elle s’arrêtait. Et elle cherchait lequel choisir.
Dans le rêve, elle observait longtemps. Très longtemps. Elle regardait la lumière. La direction du vent. Les traces au sol. Les arbres. Les nuages. Elle cherchait un signe. Un indice. Une preuve. Quelque chose qui lui permettrait d’être certaine.
Mais pendant qu’elle hésitait, le jour commençait à décliner. La lumière devenait plus douce. Puis plus faible. Puis le soir tombait. Et bientôt la nuit recouvrait les quatre chemins. Alors elle se réveillait. Toujours au même moment. Toujours avant d’avoir choisi.
Au début, elle n’y prêta pas attention. Puis les semaines passèrent. Et le rêve continua. Encore. Et encore. Et encore.
Un matin, après une nuit semblable aux autres, elle décida d’aller marcher. L’air était doux. Le printemps venait d’arriver. Les amandiers portaient leurs premières fleurs. La femme suivit un sentier qu’elle connaissait depuis longtemps. Sans réfléchir. Simplement pour marcher.
Le chemin serpentait entre les arbres. Le soleil jouait à travers les branches. Et tandis qu’elle avançait, quelque chose attira son regard.
Devant elle se trouvait un carrefour.
Elle s’arrêta. Son cœur battit un peu plus vite. Le lieu ressemblait étrangement à celui de son rêve. Les mêmes chemins. Le même silence. La même sensation.
Pendant un instant, elle eut envie de rire d’elle-même. Puis elle resta là. Immobile. Comme dans son rêve.
Quel chemin choisir ?
Aucun ne semblait meilleur. Aucun ne semblait pire. Et pourtant elle attendait encore cette certitude qu’elle cherchait depuis si longtemps.
Le vent se leva doucement. Les feuilles frémirent dans les arbres. Et lorsqu’elle tourna la tête, elle aperçut une silhouette assise sur une pierre.
C’était la vieille femme.
Comme sous l’olivier. Comme si elle avait toujours été là. Comme si elle connaissait déjà la question.
La vieille femme observait le carrefour avec un sourire tranquille.
Puis elle demanda :
— Que fais-tu donc ici, mon enfant ?
La femme répondit :
— Je cherche le bon chemin.
La vieille femme hocha doucement la tête. Comme quelqu’un qui entend une histoire ancienne. Très ancienne.
Puis elle demanda :
— Et comment sauras-tu que c’est le bon ?
La femme ouvrit la bouche. Mais aucun mot ne vint.
Alors la vieille femme ramassa une feuille tombée au sol. Elle la laissa s’envoler dans le vent. La feuille tourna quelques instants dans l’air. Puis disparut entre les arbres.
— Regarde-la, dit-elle.
Crois-tu qu’elle se demande où le vent l’emmène ?
La femme ne répondit pas.
Le silence s’installa entre elles. Un silence doux. Un silence vivant.
Puis la vieille femme ajouta :
— Il existe des chemins qui se révèlent avant d’être empruntés.
Et il existe des chemins qui ne se révèlent qu’à celui qui accepte d’y poser le premier pas.
Le vent passa entre les branches. Le soleil réchauffa doucement la clairière. Et quelque chose se détendit à l’intérieur de la femme.
Pour la première fois depuis longtemps, elle regarda les quatre chemins sans chercher lequel était le meilleur.
Puis elle choisit. Simplement.
Et tandis qu’elle s’éloignait, elle comprit que ce n’était peut-être pas la bonne réponse qu’elle cherchait depuis toutes ces années.
Peut-être cherchait-elle simplement la permission d’avancer.
Mais ceci est une autre partie de l’histoire..

