
Les Contes de la Femme qui…
Livre 6
Il était une fois, une fois il n’était pas…
Il était une fois une femme qui aimait comprendre. Depuis toujours, elle cherchait les raisons des choses. Elle aimait savoir pourquoi.
Pourquoi certaines rencontres bouleversaient une vie.
Pourquoi certaines blessures demeuraient longtemps après les événements.
Pourquoi certains chemins s’ouvraient tandis que d’autres se refermaient.
Lorsqu’une difficulté apparaissait, elle cherchait à la comprendre.
Lorsqu’une émotion surgissait, elle cherchait son origine.
Lorsqu’une question se présentait, elle cherchait une réponse.
Et bien souvent, elle trouvait. Alors elle continua.
Année après année. Question après question. Réponse après réponse.
Pourtant, quelque chose lui échappait.
Elle avait compris beaucoup de choses. Peut-être même énormément.
Et pourtant certaines portes demeuraient fermées.
Un soir, alors qu’elle rangeait de vieux papiers dans sa maison, elle découvrit un tiroir rempli de carnets. Elle les ouvrit. Ils étaient couverts de notes. De réflexions. D’analyses. De schémas. Partout, des questions. Partout, des réponses. Elle tourna les pages pendant longtemps.
Puis une étrange pensée traversa son esprit.
Elle avait passé des années à dessiner des cartes.
Mais elle ne savait plus très bien où elles étaient censées la conduire.
Cette nuit-là, elle fit un rêve.
Elle marchait dans un immense labyrinthe.
Les murs étaient hauts. Les chemins nombreux. Chaque détour semblait mener vers une nouvelle possibilité.
Alors elle faisait ce qu’elle avait toujours fait. Elle observait. Réfléchissait. Comparait.
Et surtout, elle dessinait des cartes.
À chaque croisement, elle notait une direction. À chaque détour, elle ajoutait un repère. À chaque impasse, elle corrigeait son plan.
Les cartes devenaient de plus en plus précises.
Mais le labyrinthe demeurait le même.
Le rêve revint. Encore. Puis encore. Toujours le même labyrinthe. Toujours les mêmes cartes.
Toujours cette impression que la sortie se trouvait juste un peu plus loin.
Un matin, après une nuit semblable aux autres, la femme partit marcher. L’air était doux. Le ciel était clair.
Elle suivit un sentier qu’elle ne connaissait pas.
Après plusieurs heures, elle arriva devant un immense labyrinthe de haies.
Son cœur se serra légèrement.
Elle le reconnut immédiatement. C’était celui de son rêve.
La femme entra.
Comme dans le rêve, elle observa les chemins. Les intersections. Les passages possibles.
Puis elle marcha. Longtemps. Très longtemps.
À plusieurs reprises, elle crut avoir trouvé la sortie.
Puis le chemin revenait sur lui-même.
Alors elle recommençait.
Le soleil monta dans le ciel. Puis redescendit.
Et la femme se retrouva finalement dans une vaste clairière située au centre du labyrinthe.
Assise sur un banc de pierre, comme si elle l’attendait depuis toujours, se trouvait la vieille femme.
— Te voilà enfin.
La femme s’assit près d’elle. Fatiguée.
Puis elle demanda :
— Connais-tu la sortie ?
La vieille femme sourit.
— Oui.
Le visage de la femme s’illumina.
— Alors montre-moi le chemin.
La vieille femme ne répondit pas tout de suite.
Son regard se posa sur les feuilles couvertes de notes que la femme tenait encore entre ses mains.
— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle.
— Mes cartes.
— Pourquoi les dessines-tu ?
La femme sembla surprise.
— Pour ne pas me perdre.
La vieille femme hocha doucement la tête.
Puis elle posa une nouvelle question.
— Et t’ont-elles permis de sortir ?
Le silence s’installa.
La femme baissa les yeux.
Non.
Les cartes étaient devenues plus nombreuses. Plus précises. Plus détaillées. Mais elle était toujours là. Au centre du labyrinthe.
Alors la vieille femme se leva.
Puis elle s’approcha d’un petit bassin situé au milieu de la clairière.
L’eau était parfaitement calme.
— Approche.
La femme se pencha. Elle aperçut son reflet.
Puis les cartes qu’elle tenait dans ses mains.
Puis quelque chose d’autre.
Elle vit toutes les questions qu’elle portait depuis des années.
Toutes les réponses qu’elle avait accumulées.
Toutes les explications qu’elle avait construites.
Et soudain, elle comprit.
Depuis tout ce temps, elle croyait chercher la sortie.
Mais elle cherchait surtout à être certaine.
Certaine avant d’avancer. Certaine avant de choisir. Certaine avant de ressentir.
La vieille femme murmura alors :
— Certaines vérités ne se trouvent pas au bout du chemin.
Le vent traversa doucement la clairière.
— Elles apparaissent lorsque l’on cesse enfin de vouloir tout comprendre.
La femme regarda longtemps les cartes dans ses mains.
Puis, très doucement, elle les déposa sur le banc de pierre.
Le vent souleva quelques pages. Les emporta entre les haies.
Et pour la première fois depuis très longtemps, elle ne chercha pas à les retenir.
Alors quelque chose se produisit. Elle leva les yeux.
Et là où elle avait toujours vu un labyrinthe, elle aperçut soudain un simple sentier qui s’ouvrait devant elle.
Comme s’il avait toujours été là.
Comme si ce n’était jamais le chemin qui avait été compliqué.
Mais le regard qu’elle portait sur lui.
Mais ceci est une autre partie de l’histoire…

